J’ai hésité avant d’écrire ça, et puis je me suis dit : solidarité. Oui, car si la sublime Laurie ose nous livrer un épisode qui pourrait quelque peu écorner son image de déesse si toutefois elle n’était pas si ancrée dans notre inconscient collectif, je me dois de lui montrer mon soutien en révélant à mon tour que, oui, j’ai beau être parfaite, il ne m’en arrive pas moins des péripéties peu racontables… Ok, t’as compris, je me suis tapé la honte internationale.
Voyez-vous, la grossesse a parfois son lot de petits désagréments plus ou moins glamours. Je ne vais pas entrer dans les détails de ce qui se passe ma culotte, bien que je vous sais vivement intéressées par le sujet, je me contenterai de dire que je suis allée quérir l’avis d’une sage-femme pour un petit problème qui se situe dans ladite zone.
Il y a des drames quotidiens qui nous touchent toutes et auxquels nous ne faisons même plus attention tant ils sont devenus communs. Le pépé qui pète devant nous dans la file d’attente, le gosse qui fonce droit dans nos jambes, le vendeur de volailles qui nous propose systématiquement de goûter sa saucisse, braillant à plein poumons au milieu du marché… Et puis il y a la secrétaire médicale qui a la discrétion du ouistiti en rut. Non, je ne veux pas stigmatiser une profession, mais vous en avez forcément connu au moins une comme ça, avouez. Telle la pharmacienne qui gueule depuis l’arrière-boutique « Le médicament contre la diarrhée, je vais devoir vous le commander par contre, ça va aller jusqu’à demain ? » (oui, si je te chie dessus, connasse), la secrétaire médicale ne se rend pas toujours compte de l’acoustique de la pièce. À moins bien sûr qu’elle soit juste sadique, mais nous ne le saurons jamais.
Il m’est arrivé de passer un long moment dans une salle d’attente et de glaner de nombreuses informations au gré du babillage de la secrétaire… Dans ces cas-là, tout le monde est au courant de la vie de ses compagnons d’attente, et parfois on a presque envie de se tutoyer. C’est convivial, mais on s’en passerait volontiers. À la limite, ça peut être l’occasion de choper le numéro de portable d’un ou d’une belle inconnue, mais bon on croise rarement Brad ou Angelina au labo du coin… enfin, si, parfois une magnifique jeune fille entre, mais elle vient pour un prélèvement qui porte peu au fantasme (pardon mais je ne m’en remets pas !). Bref, on prie pour que jamais nous n’ayons à subir l’affront de devoir aller s’assoir d’un air détaché parmi douze inconnus au sourire goguenard…
Revenons à ma culotte. Il y a deux jours, j’ai téléphoné à la maternité, expliqué mon problème, et je me suis vue assurer un entretien avec une sage-femme entre deux rendez-vous. Arrivée sur place, je me suis présentée à la secrétaire, qui, très pro, se souvenait de notre conversation et a immédiatement décroché le téléphone pour que l’on vienne s’occuper de moi. Sauf que, allez savoir pourquoi, elle a brusquement monté de trois octaves pour brailler dans le combiné : « J’ai une petite dame là, elle a un souci de démangeaisons, tu peux monter la voir ? ». Génial, merci Gisèle, t’assures grave.
J’ai jeté quelques regards craintifs autour de moi, constatant avec soulagement que le couloir était désert… Et j’ai croisé le regard de ce type, assis juste devant la porte ouverte de la salle d’attente avec sa femme, qui me regardait avec un sourire en coin. Quelle pute cette Gisèle. C’est donc drapée dans ma dignité en lambeaux que j’ai attendue debout dans le couloir que la sage-femme vienne me chercher. Et une quarantaine de secondes peuvent paraître une éternité en pareil cas.
Pour ajouter un peu à la situation, mon homme devait venir me récupérer et il était convenu de se retrouver dans la salle d’attente. J’ai donc dû, en sortant de la consultation, y faire quelque pas pour lui signaler ma présence, sous l’œil toujours rieur du sale type, dont le regard disait en substance : « ça va, t’arrive à te retenir de te gratter la choune ? ». Grossier personnage. Je n’étais qu’amour, paix et sérénité. Certaines auraient assumé peut-être, et l’auraient défié du regard, peut-être même du geste. Je me suis contentée de remorquer mon mari en baissant les yeux, et en serrant les jambes, laissant mon glamour à terre, lui qui agonise depuis quelques mois et n’attendait que le coup de grâce pour expirer enfin. Qu’on me parle encore de la fabuleuse aura qui entoure la femme enceinte…
Ecrire un commentaire - Voir les 3 commentaires


